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Lamantin (Trichechus manatus) © J.P Policard / © G. Feuillet / © Coralie Ecosur

Accéder aux fiches "Réglementation chasse en Guyane"






Il existe dans le monde 3 espèces de lamantins, la plus largement répandue étant celle présente dans la région des Guyanes. Les Lamantins ont toujours été source de mythes et de légendes, notamment celui des sirènes. Cet animal massif et discret a subi de fortes pressions de chasse, ce qui en fait à l’heure actuelle, une espèce considérée « vulnérable » à l’échelle mondiale par l’Union Mondiale pour la Nature. A l’échelle régionale, la sous espèce T. manatus manatus, présente en Guyane, pourrait quant à elle être classée comme « en danger » du fait d’une très petite population.
Il y a, en Guyane, une grande méconnaissance du milieu marin, mais depuis le Grenelle de la mer en 2009, une politique d’étude et de conservation du milieu marin s’est développée avec notamment des efforts sur le lamantin.




Objectifs de l’étude

Une première campagne de travail par enquêtes auprès des usagers et professionnels de la mer et de prospections de terrain avait été réalisée entre 2000 et 2001. Ce travail avait permis d’acquérir des premières données sur la distribution du lamantin, les menaces et son importance socioculturelle.

Le travail mis en place en 2010 par l’association a pour objectifs :
- Reprendre et réactualiser les premières enquêtes effectuées il y a 10 ans.

- Tester de nouvelles méthodes d’inventaire permettant des estimations quantitatives sur la taille des populations.

- Reprendre la campagne de communication, avec la réédition d’une plaquette d’information.


Méthode

L’association a crée une base de données « lamantin » avec les observations en provenance d’un réseau important d’observateurs (particuliers, associations, agents de l’Etat…) : lieu et date d’observation, nombre d’individus, …

Le second volet de l’étude a été le test de méthode de comptage mise au point très récemment, utilisant des sonars latéraux. Ce type de matériel a été testé au Honduras et utilisé pour détecter les lamantins au Mexique et en Floride, à la fois en eaux claires et en eaux turbides. Elle doit permettre de détecter dans l’eau, en absence de visibilité directe, des masses assimilables à des lamantins. Sous réserve de confirmation visuelle, ce matériel peut constituer un outil fiable pour localiser les animaux, mais aussi pour estimer des abondances par une méthode assimilables aux transects linéaires : en parcourant un nombre établi et suffisant de kilomètres et en y rapportant le nombre d’observations, on en déduit un indice d’abondance (ex : une observation tous les 30 km), qui doit pouvoir servir de comparaison entre des zones différentes. En eaux turbides, cet outil pourrait alors constituer l’une des méthodes d’estimation des abondances de lamantins.


Premières conclusions

Concernant le recensement via l’enquête d’observation, les lamantins restent régulièrement vus en Guyane, et les interactions ont été moins fréquemment rapportées qu’en 2000. Mais des captures accidentelles ou intentionnelles sont encore possibles notamment dans l’estuaire de l’Oyapock.
L’espèce se distribue en particulier le long des zones rocheuses et dans les estuaires. Les lamantins semblent donc utiliser des milieux à phanérogames (plantes à graines et à fleurs), algues ainsi que les zones de mangrove qui doivent constituer des zones de nourrissage majoritaire. Seul le suivi télémétrique, prévu en 2011, par pause de balises sur quelques individus, permettrait de comprendre l’utilisation saisonnière, cyclique, ou permanente des différents habitats dans lesquels sont observés les lamantins.

Des étapes préalables de tests et de réglages ont été nécessaires pour les sonars. A cet état préliminaire d’avancement du programme, il semble que l’utilisation des sonars en Guyane, serait soumise à au moins deux contraintes importantes :

- les indices kilométriques d’abondance (nombre d’observations confirmées rapportées à un linéaire prospecté) ne pourront s’envisager que dans certains types d’habitats, et ne permettront sans doute pas d’extrapolation à l’échelle de la Guyane. En effet, les fonds très vaseux renvoient mal le signal du sonar, et ne permettent pas une détection fiable.

- La confirmation reste nécessaire, du fait du manque de précision des formes détectées. La confirmation, si elle n’est pas visuelle, pourrait aussi s’envisager avec des hydrophones. Les lamantins émettent peu, mais certains matériels et développements récents laissent penser que ces outils pourront aussi avoir leur place dans l’étude des densités.